Sidonie est une oie délicate qui n’a pas froid aux cuisses pour le plus grand bonheur des canards qui, du bord de la mare, saluent sa pédalée d’un coin-coin taquin. Elle porte un foulard noué au-dessus de la tête par crainte de casser des œufs. Il suffirait en effet d’une décohérence des gestes naturels pour que l’équilibre soit rompu. Elle a recouvert le siège de son véhicule d’un coussin de presbytère pour amortir les nids de poule de la route. C’est ainsi équipée que Sidonie s’élance sur l’avenue, la voix enjouée et le visage émerveillé par le grand air de la fin d’après-midi.
vendredi 27 février 2026
lundi 23 février 2026
Incapable de s’élever dans les airs puisque lesté de son derrière de fonte orange, Culbidon se terre quelque part comme l’amant du placard. Il officie à l’ombre du petit coin autrement dit derrière la porte des waters percée du cœur qui le symbolise. Et c’est par cet œilleton qu’il guette le mouvement des fleurs à la recherche d’une trace de cohérence révélant la silhouette d’une jouvencelle sous une robe imprimée de pâquerettes. C’est alors qu’il bande son arc pour le décharger dans la meurtrière de bois vert aux contours calqués sur l’épilation de Lupe Vélez. Il ne parvient pas à rebander son arc quand surgit la carcasse d’un homme en costume sombre qui troue la prairie de son ombre. Il attend donc que l’intrus sorte de son champ de vision, patiemment assis sur la cuvette de faïence, comme prostré à l’intérieur du tombeau de Lupe Vélez.
samedi 14 février 2026
La cristallisation prend par surprise quand se déploie sous la peau des yeux l’image fidèle de ce qui demeurait enfoui, quand le voile de tulle noir piqueté de fleurs blanches et rouges, qui sont en réalité de minuscules cocons et des coccinelles, s’entrouvre sur la chambre noire où se tapit une araignée géante ou un fruit à vif, quand l’écume du Migramah évoque le calme après la fête sous une véranda aux poteaux de bois enlacés de fleurs qui grimpent offrir leur parfum au soleil du matin, quand le scalpel trace ses lentes cicatrices à la jonction des branches de lunettes pour y imprimer l’histoire d’un monde au creux du microsillon.
mardi 10 février 2026
Via Dolorosa n’a pas de lit de soie. Elle travaille au supermarché Spar, à quelques travées du rayon parfumerie où officiait Ronette Pulaski. Elle est cernée de caméras du rayon son-vidéo et d’amateurs de cochonaille dressés comme des minautores de polystyrène. C’est à même le carrelage et sous un éclairage de morgue qu’elle y teste les produits avariés : vieilles chaussettes, bidoches flatueuses et béchamels grumelées avec, comme piètre soutien, des cadavres cellophanés empilés dans des boîtes en carton rouge et bleu. Les visages figés dans une impassible virginité débordent d’une sueur acide qui noircit les élastiques de slip.
lundi 2 février 2026