Niki de Saint Phalle n’a pas tiré sur Bambi avec la carabine de Bill Bouroughs. Elle l’a statufié dans la ville, au carrefour de la fontaine, en danseuse montgolfière classique orange et verte et violette. Bambi trotte sur les trottoirs des faubourgs et sur le carrelage javélisé des centres sociaux, à l’aise Blaise dans ses silences hagards qui semblent entendre l’appel de la forêt derrière la surdité du bitume, les chants d’oiseaux étouffés sous le caoutchouc automobile, les raclages de gorges engoudronnées, et le soupir synthétique des turbines.
mer
samedi 6 juin 2026
samedi 30 mai 2026
lundi 18 mai 2026
Je pars sur l’île à la recherche du morceau de récit qui manque à mon histoire. Je fais en sorte que mon excursion puisse couvrir une partie de jour et de nuit afin d’en tamiser toutes les minutes car c’est dans la saveur du temps que réside la clef. Je me sais parmi d’autres personnes sur le bateau mais je ne garde aucun souvenir de présence humaine dans les paysages que je traverse. Sur la gauche, une guirlande d’ampoules illumine le ponton d’une ginguette déserte. De retour sur le continent, mon séjour sur l’île est effacé de ma mémoire, si bien que je dois y retourner sans cesse. Un égarement s’est invité dans cette errance rituelle lorsque j’ai emprunté un bateau qui m’a transporté dans la direction opposée. Au large de Camaret, des oiseaux de mer sont étendus sur le plat d’une borne jaune rayée de rouge. Cette image ressemble au symptôme du matin à naitre, juste avant que le soleil ne se hisse hors des flots. Personne ne sait mes escapades. Ils peuvent juste constater qu’un jour je suis là et que l’autre je n’y suis pas. Le trou dans mon histoire engendre des pointillés dans la leur. C’est ainsi que les vides se transmettent.
mardi 12 mai 2026
samedi 9 mai 2026
dimanche 3 mai 2026
Remuer le couteau dans la plaie, c’est tout ce que Bobby sait faire. La plaie de Sarah s’ouvre sur une goulotte aussi raide qu’un River Splash. C’est au bas de ce manège, accoudé au zinc de la guinguette, que Bobby goutte l’humidité des cris. Juste en face, Nastassja Rowlands peine à casser le canon pour y introduire le plomb qui lui permettra peut-être de couper la ficelle tendue par le poids du sac Yves-Saint-Laurent en skaï beige. C’est avec le couteau sous la ceinture que Bobby s’avance pour lui porter secours. D’un geste survif, Nastassjia reclaque le canon juste sous le menton du filou qui tourne les talons en quête d’une proie plus tendre. Puis elle cale ses hanches sur le comptoir en bois patiné de vieux cigare, cligne un œil pour aligner la ficelle dans le viseur, libère le souffle compressé dans la carabine qui fait tomber à ses pieds le sac convoité. Sa moue de cerise se fend du sourire enfoui qui révèle au monde l’éclatante insolence de ses dents.
lundi 27 avril 2026
Une histoire raconte que la slide guitare a été inventée en attendant le train, en glissant un couteau sur les cordes parallèles comme des rails de chemin de fer qui percent l’horizon. Blue train, midnight special, le rythme des travées qui défilent sous les pieds. Dans un walkman rouge tourne la cassette des Violent Femmes. Why do birds sing ? Parce que le train rampe sous Bruxelles avec la fraicheur du présent d’hiver qui s’engouffre sous l’arcade, parcourt le canon du fusil et ressort en feu d’artifice pour faire la nique à Hays. Nastassja Rowlands porte un tatouage malabar au-dessus de la cheville, des lunettes brunes qui soulignent le blond de ses mèches sous le parasol du chapeau de Coco Channel n°5, d’autres tunnels dorés en forme de cœur qui percent patiemment ses lobes d’oreille, et un sac de luxe gagné au tir à la carabine. « Tout ce que sa bouche désirait vraiment s’est perdu dans un sourire » chante Mark Eitzel dans le walkman rouge.