lundi 13 juillet 2026

À l’origine le soleil jaune jaillit du sombre des abysses en une ligne continue traçant sa route sur le dos du serpent noir. En franchissant le miroir de l’océan, le néoprène se fait satin teinté de toutes les nuances vives des profondeurs marines, comme le short de Wonder Woman, bleu imprimé d’étoiles de mer. Les vers à soie qui se gorgent de mûres dans un bassin artificiel ne sont pas capable d’une telle prouesse. Lorsqu’elle atteint la tête du serpent, la ligne jaune suit le tracé de sa langue et emprunte deux directions : la branche claire est le retour à la terre forcé par l’été à cinquante degrés qui fait bouillonner l’asphalte. Cela prend la forme du skaï le long des jambes de la pomponette Olivia Newton-John, la moderne incarnation du goudron et des plumes. La branche sombre de la langue darde son aiguille dans un hall à colonnades sous le lustre à pampilles suspendu au plafond haut par une chaîne aussi longue que celle d’une ancre de marine. C’est ici que le tulle noir pend depuis l’infini jusqu’au néant sans parvenir à entraîner dans sa chute les hémisphères célestes qu’il se contente de caresser de sa nuit textile pour souligner la complexité des convexités. C’est ici que les sourires étincellent de paillettes, de gloss et d’émail blanchi aux bulles de champagne.

 

mardi 30 juin 2026

C’est probablement sur l’image de cette posture innocemment inconvenante que la nuit est tombée. Ses blue jeans, son chandail vert, l’alcôve de ses boucles brunes autour d’un visage enluminé concentre toutes les étoiles de l’existence. Le songe s’efface au réveil, escamoté par l’estomac d’une nuit sans rêve. Sa robe noire à poix blanc s’arrête à l’entrée de la pâture où sont disposés les mets du pique-nique collectif. Puis cet ultime morceau de nuit étoilée disparaît dans l’incendie du jour qui consume les arbres, égarant le chemin de cailloux du petit Poucet dans l’infini nulle-part. C’est depuis cet endroit que s’étire l’errance dans le treillis des rues de Balbec avec, comme tout repère, de vagues souvenirs de l’année dernière ou de l’année d’avant qui sont des empreintes dans le sable mouvant au fil des saisons. C’est dos à la mer que les paysans cultivent le fromage de brie avec ses quarts régulièrement disposés à même le sol du champ sablonneux. C’est sur cette plaine de quartz et de fromage qu’apparait la dame blanche qui surgit d’ordinaire des herbes folles en bordure d’une route départementale. Elle tient la jambe et l’attire à elle pour signifier qu’elle sait ce qui est pressenti : c’est le terme de l’errance inscrite dans la continuité du songe, le naufrage accosté dans le cul de sac d’un garage carrelé. Derrière le mur de la grange, les convives sont attablés dans le silence de l’attente, dans la suspicion d’un manquement à la politesse, dans un ressentiment de sueur atmosphérique, celle de l’orage qui écrase tout à force de ne jamais éclater. C’est parmi cette assemblée qu’elle n’a probablement jamais quitté que siège celle imaginée marchant pieds nus sur la crête de l’horizon.

dimanche 21 juin 2026

Atlas ne peut pas être terre-à-terrien dès lors qu’il porte la terre au-dessus de sa tête et la représentation de ses jambes massives arquées dans un sol de pierre est donc erronée. Il lui faut un support plat barycentré sur une sphère dure de manière à pouvoir accompagner la gyroscopie des planètes. C’est par conséquent sur la couronne formée par les anneaux de Saturne qu’il devrait reposer la plante de ses pieds. Son corps attaché entre deux énormes boules en rotation que sont la terre à bout de bras et Saturne entre les chevilles serait inévitablement soumis à un déhanchement régulé et il serait plus juste de représenter Atlas en danseuse de hula hoop. Sa stabilisation serait ainsi contrôlée par des capteurs structurés comme des groseilles qui pointent de sa poitrine pour renifler le moindre courant d’air céleste. Il n’y a rien de morbide dans le squelette de la tête qui tend la peau de son visage. En effet, cette image porte à la fois le masque de la souffrance et le sourire satisfait du travail bien fait.

 

dimanche 14 juin 2026

La jungle urbaine est peuplée de divinités qui entrent et sortent de façades enluminées. Les pierres sont comme frappées de la petite vérole, grignotées par les pluies acides qui agissent comme des nuées de moustiques. Les enluminures qui recouvrent ces pierres sont faîtes d’un film d’or extrait des bas-fonds dont le soleil révèle l’éclat en tombant du ciel. C’est au centre de cette dualité mystique que les divinités entrent en scène. Particules d’Éos, elles émergent des flots en rampant sur le sable comme Raquel Welch. Issues de cet état intermédiaire entre le cristal concassé par le poids des temps et les volutes qui constituent l’éther, elles bénéficient, de ce fait, de la plus incontestable neutralité ici-bas. Et c’est avec la chevelure fraîchement humide qu’elles déambulent sur les trottoirs sous les regards ébahis des terre-à-terriens.

 

mercredi 10 juin 2026

Les calzedonides dégorgent en permanence car c’est leur vocation première. Et c’est peut-être ce qui rend palpable la brûlure de l’inox plongé comme un thermomètre dans la fraîcheur bleue-turquoise. Sans les calzedonides qui s’étendent lascives à même le polystyrène d’une grosse pierre, on ne remarquerait pas toutes ces cartes postales de la Napoule qui invitent à l’été dans le bigarrement des criardises urbaines. Et puisqu’il en faut pour tous les goûts, c’est sur fond d’océan ou de pataugeoire que les calzedonides fendent le ciel de leurs bras graciles comme des branches d’olivier.

samedi 6 juin 2026

Niki de Saint Phalle n’a pas tiré sur Bambi avec la carabine de Bill Bouroughs. Elle l’a statufié dans la ville, au carrefour de la fontaine, en danseuse montgolfière classique orange et verte et violette. Bambi trotte sur les trottoirs des faubourgs et sur le carrelage javélisé des centres sociaux, à l’aise Blaise dans ses silences hagards qui semblent entendre l’appel de la forêt derrière la surdité du bitume, les chants d’oiseaux étouffés sous le caoutchouc automobile, les raclages de gorges engoudronnées, et le soupir synthétique des turbines.

samedi 30 mai 2026

L’immersion dans les listes est propice aux apparitions. Les lettres emmêlées forment des boucles que le flou patine en vaguelettes et c’est sous cette surface de brume qu’ondulent les contours d’étoiles de mer dans leur bain de soleil turquoise. Cette surface de flottaison est le rideau des ellipses, le reflet du miroir qui expose au temps qui passe et au lointain espace d’où surgissent les valises à roulettes remplies de Maroc et de bassin parisien avec ces visages, ces coiffures et toutes ces mises qui sont d’ailleurs. Au-delà de la conscience chromatique, les couleurs criardes témoignent peut-être de l’époque où ces photos ont été prises, une époque qui avait cru en finir avec le doute, une époque figée dans sa gélatine comme les plats en sauce qui défilaient au fil des pages du livre de recettes SEB. Un nom résonne soudainement comme un tintement et ce n’est pas la chanteuse oubliée qui se matérialise en pieds de l’autre côté du comptoir, mais l’incarnation d’un rêve précoce, juste avant qu’elle ne foule la moquette nicotinée des plateaux-télé.