dimanche 11 octobre 2026

La volupté qui prend sa source au cœur de la nature sauvage poursuit son cours dans les festivités paysannes, irrigue les marchés des bourgades et gagne ainsi le cul des grandes villes en cheminant patiemment entre les berges des rivières ensoleillées de picotements. C’est en remontant la Lys puis la Deûle que finissent par apparaître, dans les anciennes zones marécageuses de la cité, l’évocation exacerbée jusqu’à la courge des gousses d’ail de Locon. Enveloppées d’un coton imprimé de Provence, elles poussent leurs tiges hors des échancrures pour attraper dans leur filet, les papillons du soleil mexicain qui les nappe d’un vernis doré. Ailleurs, c’est le trait de pinceau de la chicorée qui converge les mille facettes du regard drosophile pour les détourner d’un épiderme marqué de disgrâce assorti à la teinte du blazer.

vendredi 9 octobre 2026

Ceux qui comptaient s’amuser à Verlinghem au lendemain de la pluie d’orage sont déçus. Ils s’imaginaient que la flaque d’eau au pied du toboggan géant ne serait pas un problème, qu’il leur suffirait de la survoler le dos parallèle au sol, dans un élan de Fosbury facilité par la vitesse accumulée lors de la descente. Mais ça ne fonctionne pas car ça ne démarre pas. Les jambes nues demeurent collées aux lattes de bois qui ont bu tout l’orage et il faut pousser à bout de bras pour avancer comme une limace dans un couinement sans gloire. C’est d’autant plus dommage qu’elle fut rêvée cette cambrure avec sa bosse au milieu qui aurait dû soulever l’intérieur du ventre. Ce ne sera pas possible aujourd’hui car le soleil ne semble pas assez vif pour évaporer la pluie prise dans les fibres du bois Comment donc fait Paola pour glisser jusqu’au bout de ses souliers à semelles de bois ?

mardi 29 septembre 2026

Que se pointe-t-il derrière l’artificialisation de soi ? D’un côté des lacets comme des cordes, anciennes routes de la soie qui sillonnent désormais la vallée de la chimie, sur les berges du Rhône, sous une canopée de coton pigmenté de pixels de pommes vertes, de l’autre des poires muries sous un tapis de feuilles mortes, éblouissant le soleil, en attente d’être dégoupillées par les esprits de la forêt au moment opportun pour briser la glace et faire émerger des abysses le soleil qui se recomposera à la surface de l’eau dans l’effervescence d’un cachet orange.

 

lundi 21 septembre 2026

Le froid est si sec en Laponie que le sol en devient tout dur. Il faut par conséquent rivaliser de dureté pour pouvoir l’utiliser comme une piste de déplacement. C’est la raison pour laquelle les autochtones optent pour des roues labellisées autour de la centaine. Le fossoyeur ne doit pas ménager ses efforts pour creuser cette terre de malheur. Il lui faut donc cultiver sa force physique par l’exercice outrancier du sport. Il emmène avec lui sa fille dans ses escapades à bicyclette. Elle ne peut pas porter de casque en raison du volume de sa chevelure noire aussi épaisse qu’une perruque du carnaval de Dunkerque mais en plus jolie. Sa mère la regarde s’éloigner sur le pas de la porte, les jambes nues sous sa tunique lapone, les pieds enveloppés d’anthracite et chaussés de sabots de paysanne urbaine.

mercredi 16 septembre 2026

C’est au mois de juin que le Père Noël envoie paitre ses rênes dans les alpages. C’est alors la fête pendant tout l’été. Il se déleste de ses bottes et de son grand manteau rouge. Il décore son chien de ses fourrures et de sa fausse barbe blanche afin de leur préserver forme et vivacité jusqu’à la saison d’activité. On le voit déambuler dans les rues du village avec son placide Saint-Bernard blanc comme neige artificielle, chaussé de tennis de toile, la taille serrée dans un short en lin, les mollets galbés comme des gousses d’ail du Mexique, dorés au soleil de juillet en prévision de la foire à l’ail de Locon.

mercredi 9 septembre 2026

La fusée de Tintin suscite les quolibets de nombreux ingénieurs de l’aérospatiale. Elle fut pourtant très bien imaginée. Car on ne peut pas tout miser sur la poussée des gros mollets au risque de voir la fusée retomber sur son séant dans un vacarme de milliers de tonnes de poussée de combustible. C’est la raison pour laquelle la fusée de Tintin est à ce point fuselée des chevilles jusqu’au bout du nez, avec une harmonie du trait qui a fait la réputation de l’école des Marolles. Cette cohérence esthétique se prolonge jusque dans le bigarrement des couleurs évoquant le Carnaval qui témoigne de la richesse culturelle des régions de Belgique : le damier rouge et blanc des fanions, le bleu profond de la royauté et le doré des ornementations de la maroquinerie du Mont-Noir. Ces apparats rehaussent le roux des cheveux et l’éternelle pâleur discrète des portraits de l’art flamand.

jeudi 3 septembre 2026

Elle avance avec un souffle dans les voiles qui précède et cadence la marche. Cette stéréo est trop subtile pour être imitée par le truchement des stéro-ïdes. La lettre manquante est le chromosome sans lequel la silhouette reste amidonnée comme la carapace de Robocop raide et empoté dans sa boîte de conserve qui est un costume de Carnaval mal assumé. La carapace est le refuge de l’armoire à glace comme le placard est celui de l’amant des vaudevilles. Des bustiers sertis de Rio aux poitrines postiches de Dunkerque, les authentiques costumes de Carnaval s’emploient à célébrer le retour des voiliers précédent le rythme sans fin de la marche au son des tambours de l’Afrique. C’est peut-être ce que raconte le traveling de Natalie Merchant à Coney-Island.