samedi 24 octobre 2026

On n’y prête pas attention quand on les longe chaque jour mais avec le temps, les façades s’élargissent comme les visages pour lisser la peau qui se plisse au fil des années. C’est sur les marches de pierres bleues qu’elle se tient pour son allocution d’adieu masquée par le rouge de ses lèvres. Parmi les amis qui ignorent son projet se trouve celui qui voit la ville s’éloigner depuis le pont d’un bateau. À défaut des yeux qui s’embrassesseserrent, sa solitude est réconfortée par la caresse chaude des autres épaules déménageuses du matin gris. Son secret trouvera peut-être sa place dans un carton enrubanné de scotch, au contact du cahier de moleskine enluminé de phrases arc-en-ciel qui racontent l’appel de la forêt, le morse vibrant de sa clairière enchardonnée, les pieds tout doucement dans l’eau froide du ruisseau, l’espoir encastré dans un cockpit qui poursuit son vol au-delà des nuages, la danse immobile dans le soleil matinal de la cuisine. L’au revoir est une tortue millénaire qui s’enfonce lentement dans les herbes folles bordant le lac.

 

vendredi 16 octobre 2026

Polux est confectionné sur une base de bouchons de liège enguirlandée de brins de laine. Le grain de café qui lui sert de truffe est soigneusement ajusté sur la périphérie d’une balle de ping-pong figurant sa tête. Cette construction que l’on imagine figée par les lois de son achèvement est appelée à se transcender au fil des années. Ainsi la balle de ping-pong alourdie et dédoublée sous la poussée d’une nature habile, tombe naturellement dans un décolleté comme les boules dans les filets latéraux du 8 pool, libérant l’espace pour l’éclosion d’un visage à la douceur de pivoine, encadré des brins de laine qui se sont bouclés dans l’évaporation de la rosée des printemps. C’est derrière ce rideau de brume que le grain de café, comme l’œil du turbot, a patiemment cheminé jusqu’au creux des omoplates. Les bouchons de liège sont devenus les semelles massives d’escarpins légers que l’on désangle l’été, face à la mer, sur l’entonnoir de sable délimité par des éboulements de bunker.

dimanche 11 octobre 2026

La volupté qui prend sa source au cœur de la nature sauvage poursuit son cours dans les festivités paysannes, irrigue les marchés des bourgades et gagne ainsi le cul des grandes villes en cheminant patiemment entre les berges des rivières ensoleillées de picotements. C’est en remontant la Lys puis la Deûle que finissent par apparaître, dans les anciennes zones marécageuses de la cité, l’évocation exacerbée jusqu’à la courge des gousses d’ail de Locon. Enveloppées d’un coton imprimé de Provence, elles poussent leurs tiges hors des échancrures pour attraper dans leur filet, les papillons du soleil mexicain qui les nappe d’un vernis doré. Ailleurs, c’est le trait de pinceau de la chicorée qui converge les mille facettes du regard drosophile pour les détourner d’un épiderme marqué de disgrâce assorti à la teinte du blazer.

vendredi 9 octobre 2026

Ceux qui comptaient s’amuser à Verlinghem au lendemain de la pluie d’orage sont déçus. Ils s’imaginaient que la flaque d’eau au pied du toboggan géant ne serait pas un problème, qu’il leur suffirait de la survoler le dos parallèle au sol, dans un élan de Fosbury facilité par la vitesse accumulée lors de la descente. Mais ça ne fonctionne pas car ça ne démarre pas. Les jambes nues demeurent collées aux lattes de bois qui ont bu tout l’orage et il faut pousser à bout de bras pour avancer comme une limace dans un couinement sans gloire. C’est d’autant plus dommage qu’elle fut rêvée cette cambrure avec sa bosse au milieu qui aurait dû soulever l’intérieur du ventre. Ce ne sera pas possible aujourd’hui car le soleil ne semble pas assez vif pour évaporer la pluie prise dans les fibres du bois Comment donc fait Paola pour glisser jusqu’au bout de ses souliers à semelles de bois ?

mardi 29 septembre 2026

Que se pointe-t-il derrière l’artificialisation de soi ? D’un côté des lacets comme des cordes, anciennes routes de la soie qui sillonnent désormais la vallée de la chimie, sur les berges du Rhône, sous une canopée de coton pigmenté de pixels de pommes vertes, de l’autre des poires muries sous un tapis de feuilles mortes, éblouissant le soleil, en attente d’être dégoupillées par les esprits de la forêt au moment opportun pour briser la glace et faire émerger des abysses le soleil qui se recomposera à la surface de l’eau dans l’effervescence d’un cachet orange.

 

lundi 21 septembre 2026

Le froid est si sec en Laponie que le sol en devient tout dur. Il faut par conséquent rivaliser de dureté pour pouvoir l’utiliser comme une piste de déplacement. C’est la raison pour laquelle les autochtones optent pour des roues labellisées autour de la centaine. Le fossoyeur ne doit pas ménager ses efforts pour creuser cette terre de malheur. Il lui faut donc cultiver sa force physique par l’exercice outrancier du sport. Il emmène avec lui sa fille dans ses escapades à bicyclette. Elle ne peut pas porter de casque en raison du volume de sa chevelure noire aussi épaisse qu’une perruque du carnaval de Dunkerque mais en plus jolie. Sa mère la regarde s’éloigner sur le pas de la porte, les jambes nues sous sa tunique lapone, les pieds enveloppés d’anthracite et chaussés de sabots de paysanne urbaine.

mercredi 16 septembre 2026

C’est au mois de juin que le Père Noël envoie paitre ses rênes dans les alpages. C’est alors la fête pendant tout l’été. Il se déleste de ses bottes et de son grand manteau rouge. Il décore son chien de ses fourrures et de sa fausse barbe blanche afin de leur préserver forme et vivacité jusqu’à la saison d’activité. On le voit déambuler dans les rues du village avec son placide Saint-Bernard blanc comme neige artificielle, chaussé de tennis de toile, la taille serrée dans un short en lin, les mollets galbés comme des gousses d’ail du Mexique, dorés au soleil de juillet en prévision de la foire à l’ail de Locon.