samedi 22 août 2026

On freine le temps qui passe en opérant des zig-zags, en revenant sur soi-même avant de repartir dans l’autre sens, comme pour contenir l’énergie potentielle du versant de Morzine en slalomant. C’est ainsi qu’Olivia vieillit tout doucement dans son corps miniature avec ses pieds minuscules glissant sur la peausserie des stilettos de sa mère, toute cintrée dans son déguisement de tailleur rose et marine, sa longue queue de cheval battant l’air de son va-et-vient de pendule qui fait tourner le temps en bourrique.

mercredi 19 août 2026

La foule métropolitaine est le lieu de discrétion de tous les trafics puisque c’est au cœur d’un défilé exubéramment bigarré que les activités se dissimulent. Ainsi on peut très bien confectionner une bouche en machant des malabars fraise-melon-fruit du dragon. La salive finit par lui donner une allure de chewing-gum naturel. L’attention n’est attirée que par le linge blanc immaculé à 60° qui forme un trou dans les pixels de couleur. C’est la signalétique utilisée par la fromagère pour se frayer un passage le long de la cinquième avenue sans mettre en péril l’intégrité de ses mottes de beure salées. Juste à l’aplomb de l’échafaudage, la fontaine qui source la vie jouxte la bouche du métro où se pressent les damnés de la cité.

 

vendredi 14 août 2026

Quelques jours plus tôt, elle s’était réveillée dans un autre corps qui ne ressemblait pas à la carapace du cancrelat de la Métamorphose, mais à celui d’une grande maghrébine de 30 ans aux cheveux bouclés. Tout surprenant que cela fut, on commençait à s’habituer à cette situation sans toutefois mesurer les conséquences qu’elle aurait sur notre quotidien. La première tension remontait à ce samedi après-midi où elle n’était pas disponible en raison d’un rendez-vous avec son ex-mari qui aurait éprouvé un besoin de réconfort. Il était difficile d’écarter toute corrélation entre ce subreptice appel à l’aide et l’évènement de sa réincarnation qui pouvait, dans l’hypothèse la plus raisonnable, s’expliquer par l’attrait de la curiosité. Cet accroc dans notre drap satiné était le premier symptôme de la déchirure, peut-être annoncée par les années effilochées que nous n’avions pas vues se défiler. Puis il y avait cette libellule dans un jardin encastré entre plusieurs façades de briques rouges, dont le temps avait obstrué l’accès d’herbes folles développées en une canopée de plantes inconscientes et de ronces contrariées, uniquement franchissable par la matrice-miroir qui relaie le bruissement des abdomens.

 

mercredi 12 août 2026

La terre tourne de plus en plus vite sous l’effet des cochons-dindes encagés qui courent dans un petit tonneau en plastique. Il ne faut pas avoir toute sa tête pour s’adonner à telle occupation et c’est la raison pour laquelle, à Dennebrœucq, il s’agit de l’attraction favorite de tous les hommes pris de boisson au terme de leur repas dominical, juste devant l’avion-enclume que l’on pousse de toutes ses forces sur un rail de chemin de fer qui revient sur lui-même comme la roue des cochons-dindes. Les individus qui ne se reconnaissent pas en cochons-dindes ralentissent inévitablement le mouvement d’ensemble. Pour cela, ils vont jusqu’à se muer en tortues qui coincent les portes du métro avec leur carapace de plus en plus épaisse, freinant, par la souffrance de leur résistance corporelle, la précipitation du monde vers l’abîme.

jeudi 6 août 2026

Un carrelage à ce point lustré ne peut être que celui d’un royaume où sont soigneusement disposés tous les repères d’une vie qui a débuté avec les gros poux noirs sur le visage relégués dans des boîtes en carton à l’intérieur de commodes qui creusent le plancher de l’étage supérieur sous le poids de souvenirs noirs et blancs somnolant sous l’ombre des persiennes depuis que la jambe est devenue trop lourde pour être tendue au ciel comme celle de la danseuse belle époque qui se consume dans son cendrier de porcelaine jusqu’à l’arrêt de l’horloge à pendule de torsion rayonnant sur le manteau de cheminée du salon de marbre.

vendredi 31 juillet 2026

Les nervures qui sillonnent la peau de l’arbre forment le microsillon du vinyle qui chante sa romance. L’arbre s’étire comme un cobra pour attraper le soleil jusqu’au fond des souterrains. C’est ainsi que ses fruits se gorgent de pulpe rouge et que ses branches se parent des grappes de pluie qui lui donnent l’allure d’une princesse. L’arbre reflète la lumière de qui l’observe comme l’azur au fond d’un puit avant de se redresser en offrant ses lichens au vent de juillet.

 

lundi 27 juillet 2026

Foggy Notion décrit peut-être l’effet des incendies qui calcinent la forêt à 340 miles au nord-ouest de Brooklyn. Le ciel bleuté d’ozone couvre les vitres du métro d’un film de poussière jaune au travers duquel on voit, par l’entremise d’un miracle ou d’une malédiction, des choses que l’on ne devrait pas voir. Des adolescents à moitié nus s’agitent dans la sueur de l’orage. Ils allongent le cou pour avaler des miettes d’air comme le feraient des truites en quête de gouttes d’eau. Le tee-shirt noué sur la tête pour leur donner plus d’aisance, ils se hissent sur la carlingue pour avaler le vent dans leur sourire de la vitesse. Une gamine se tient avec eux sur la plateforme séparant les wagons. Elle accompagne la scène sans y participer. Elle a de longs cheveux roux filasses, des bleus sur les cuisses et le visage de l’enfance. Cette petite sœur est une mère nourricière qui transporte en bandoulière dans son sac la matrice d’où sortent les ombilics blancs alimentant le développement de cette cellule sociale.