lundi 21 septembre 2026

Le froid est si sec en Laponie que le sol en devient tout dur. Il faut par conséquent rivaliser de dureté pour pouvoir l’utiliser comme une piste de déplacement. C’est la raison pour laquelle les autochtones optent pour des roues labellisées autour de la centaine. Le fossoyeur ne doit pas ménager ses efforts pour creuser cette terre de malheur. Il lui faut donc cultiver sa force physique par l’exercice outrancier du sport. Il emmène avec lui sa fille dans ses escapades à bicyclette. Elle ne peut pas porter de casque en raison du volume de sa chevelure noire aussi épaisse qu’une perruque du carnaval de Dunkerque mais en plus jolie. Sa mère la regarde s’éloigner sur le pas de la porte, les jambes nues sous sa tunique lapone, les pieds enveloppés d’anthracite et chaussés de sabots de paysanne urbaine.

mercredi 16 septembre 2026

C’est au mois de juin que le Père Noël envoie paitre ses rênes dans les alpages. C’est alors la fête pendant tout l’été. Il se déleste de ses bottes et de son grand manteau rouge. Il décore son chien de ses fourrures et de sa fausse barbe blanche afin de leur préserver forme et vivacité jusqu’à la saison d’activité. On le voit déambuler dans les rues du village avec son placide Saint-Bernard blanc comme neige artificielle, chaussé de tennis de toile, la taille serrée dans un short en lin, les mollets galbés comme des gousses d’ail du Mexique, dorés au soleil de juillet en prévision de la foire à l’ail de Locon.

mercredi 9 septembre 2026

La fusée de Tintin suscite les quolibets de nombreux ingénieurs de l’aérospatiale. Elle fut pourtant très bien imaginée. Car on ne peut pas tout miser sur la poussée des gros mollets au risque de voir la fusée retomber sur son séant dans un vacarme de milliers de tonnes de poussée de combustible. C’est la raison pour laquelle la fusée de Tintin est à ce point fuselée des chevilles jusqu’au bout du nez, avec une harmonie du trait qui a fait la réputation de l’école des Marolles. Cette cohérence esthétique se prolonge jusque dans le bigarrement des couleurs évoquant le Carnaval qui témoigne de la richesse culturelle des régions de Belgique : le damier rouge et blanc des fanions, le bleu profond de la royauté et le doré des ornementations de la maroquinerie du Mont-Noir. Ces apparats rehaussent le roux des cheveux et l’éternelle pâleur discrète des portraits de l’art flamand.

jeudi 3 septembre 2026

Elle avance avec un souffle dans les voiles qui précède et cadence la marche. Cette stéréo est trop subtile pour être imitée par le truchement des stéro-ïdes. La lettre manquante est le chromosome sans lequel la silhouette reste amidonnée comme la carapace de Robocop raide et empoté dans sa boîte de conserve qui est un costume de Carnaval mal assumé. La carapace est le refuge de l’armoire à glace comme le placard est celui de l’amant des vaudevilles. Des bustiers sertis de Rio aux poitrines postiches de Dunkerque, les authentiques costumes de Carnaval s’emploient à célébrer le retour des voiliers précédent le rythme sans fin de la marche au son des tambours de l’Afrique. C’est peut-être ce que raconte le traveling de Natalie Merchant à Coney-Island.

 

samedi 29 août 2026

Pour passer inaperçu à la ducasse, rien ne vaut une tenue de Bozo le clown, même en noir et blanc, comme le costume de Klaus Nomi mais en plus gai. Dans d’autres décors, le mohair pastel invite à l’éveil de la sensualité tactile d’une barbapapa et à la somnolence cajoline. Quitte à emprunter une boucle d’oreille à clip pour voir l’effet que ça fait, autant choisir la pendante dont la perle en suspension évoque la goutte de nacre, en harmonie avec le gloss londonien, et le viscose des robes de cocktail à l’encolure fermée qui garantit la tempérance des échanges d’amabilité côté face tandis que l’échancrure de la nuque au bassin, côté pile, révèle la sauvage duperie de cette politesse une fois les hauts talons tournés.

 

samedi 22 août 2026

On freine le temps qui passe en opérant des zig-zags, en revenant sur soi-même avant de repartir dans l’autre sens, comme pour contenir l’énergie potentielle du versant de Morzine en slalomant. C’est ainsi qu’Olivia vieillit tout doucement dans son corps miniature avec ses pieds minuscules glissant sur la peausserie des stilettos de sa mère, toute cintrée dans son déguisement de tailleur rose et marine, sa longue queue de cheval battant l’air de son va-et-vient de pendule qui fait tourner le temps en bourrique.

mercredi 19 août 2026

La foule métropolitaine est le lieu de discrétion de tous les trafics puisque c’est au cœur d’un défilé exubéramment bigarré que les activités se dissimulent. Ainsi on peut très bien confectionner une bouche en machant des malabars fraise-melon-fruit du dragon. La salive finit par lui donner une allure de chewing-gum naturel. L’attention n’est attirée que par le linge blanc immaculé à 60° qui forme un trou dans les pixels de couleur. C’est la signalétique utilisée par la fromagère pour se frayer un passage le long de la cinquième avenue sans mettre en péril l’intégrité de ses mottes de beure salées. Juste à l’aplomb de l’échafaudage, la fontaine qui source la vie jouxte la bouche du métro où se pressent les damnés de la cité.