mercredi 4 novembre 2026

Puisqu’on ne pouvait la prendre comme une flamme sans ailes, elle s’est transformée en volute blanche. Elle lévite sur la surface de la terre chargée de houille pour la fertiliser de la chaleur de son corps devenu songe. Le charpentier lui a construit un cadre carré dont elle n’occupe que la moitié. Mais il me faut rester debout pour accompagner le père, la mère et le bébé. C’est donc à hauteur d’yeux que j’irrigue la terre pour que nous puissions faire poindre le premier jour après la fin des siècles, aux couleurs d’arc-en-ciel du cahier de moleskine.

mardi 27 octobre 2026

Les mots sont la poudre qui, au contact de l’humidité de l’air, cimente le commun de l’espace. Il en nait des représentations dont on ne défait qu’en les étalant sur le papier, la toile ou les murs pour étirer dans l’espace la distance focale nécessaire à sa perspective. C’est Barbie qui sort de son blister, Barbie sportive en legging et doudoune noirs. Avec les stigmates d’attache sur la bordure caoutchoutée de ses baskets qui lui font des ailes d’Hermès, elle sort de la boulangerie en portant un stylo-plume à ses lèvres. C’est au Nord-Est de la métropole, dans l’entrelacement des voies rétrécies par les parois bétonnées des mini-tunnels que Claire Nadeau a trouvé refuge, derrière une vitre de plexiglas comme fossilisée dans un autre musée après s’être évadée de celui de Madame Tussaud près de Marylbone Station. Elle garde de cette ancienne résidence une fine pellicule de cire accrochée à la peau de son visage, un corsage noir à poix blancs barboté dans une boutique des berges londoniennes dont la manche flottante découvre, à hauteur de son poignet, le minuscule entrelacement d’un cœur rouge et d’un cœur bleu, tatoué en souvenir du marinier qui lui a fait longer la tamise, traverser la mer, puis remonter la Deûle jusqu’ici.

 

samedi 24 octobre 2026

On n’y prête pas attention quand on les longe chaque jour mais avec le temps, les façades s’élargissent comme les visages pour lisser la peau qui se plisse au fil des années. C’est sur les marches de pierres bleues qu’elle se tient pour son allocution d’adieu masquée par le rouge de ses lèvres. Parmi les amis qui ignorent son projet se trouve celui qui voit la ville s’éloigner depuis le pont d’un bateau. À défaut des yeux qui s’embrassesseserrent, sa solitude est réconfortée par la caresse chaude des autres épaules déménageuses du matin gris. Son secret trouvera peut-être sa place dans un carton enrubanné de scotch, au contact du cahier de moleskine enluminé de phrases arc-en-ciel qui racontent l’appel de la forêt, le morse vibrant de sa clairière enchardonnée, les pieds tout doucement dans l’eau froide du ruisseau, l’espoir encastré dans un cockpit qui poursuit son vol au-delà des nuages, la danse immobile dans le soleil matinal de la cuisine. L’au revoir est une tortue millénaire qui s’enfonce lentement dans les herbes folles bordant le lac.

 

vendredi 16 octobre 2026

Polux est confectionné sur une base de bouchons de liège enguirlandée de brins de laine. Le grain de café qui lui sert de truffe est soigneusement ajusté sur la périphérie d’une balle de ping-pong figurant sa tête. Cette construction que l’on imagine figée par les lois de son achèvement est appelée à se transcender au fil des années. Ainsi la balle de ping-pong alourdie et dédoublée sous la poussée d’une nature habile, tombe naturellement dans un décolleté comme les boules dans les filets latéraux du 8 pool, libérant l’espace pour l’éclosion d’un visage à la douceur de pivoine, encadré des brins de laine qui se sont bouclés dans l’évaporation de la rosée des printemps. C’est derrière ce rideau de brume que le grain de café, comme l’œil du turbot, a patiemment cheminé jusqu’au creux des omoplates. Les bouchons de liège sont devenus les semelles massives d’escarpins légers que l’on désangle l’été, face à la mer, sur l’entonnoir de sable délimité par des éboulements de bunker.

dimanche 11 octobre 2026

La volupté qui prend sa source au cœur de la nature sauvage poursuit son cours dans les festivités paysannes, irrigue les marchés des bourgades et gagne ainsi le cul des grandes villes en cheminant patiemment entre les berges des rivières ensoleillées de picotements. C’est en remontant la Lys puis la Deûle que finissent par apparaître, dans les anciennes zones marécageuses de la cité, l’évocation exacerbée jusqu’à la courge des gousses d’ail de Locon. Enveloppées d’un coton imprimé de Provence, elles poussent leurs tiges hors des échancrures pour attraper dans leur filet, les papillons du soleil mexicain qui les nappe d’un vernis doré. Ailleurs, c’est le trait de pinceau de la chicorée qui converge les mille facettes du regard drosophile pour les détourner d’un épiderme marqué de disgrâce assorti à la teinte du blazer.

vendredi 9 octobre 2026

Ceux qui comptaient s’amuser à Verlinghem au lendemain de la pluie d’orage sont déçus. Ils s’imaginaient que la flaque d’eau au pied du toboggan géant ne serait pas un problème, qu’il leur suffirait de la survoler le dos parallèle au sol, dans un élan de Fosbury facilité par la vitesse accumulée lors de la descente. Mais ça ne fonctionne pas car ça ne démarre pas. Les jambes nues demeurent collées aux lattes de bois qui ont bu tout l’orage et il faut pousser à bout de bras pour avancer comme une limace dans un couinement sans gloire. C’est d’autant plus dommage qu’elle fut rêvée cette cambrure avec sa bosse au milieu qui aurait dû soulever l’intérieur du ventre. Ce ne sera pas possible aujourd’hui car le soleil ne semble pas assez vif pour évaporer la pluie prise dans les fibres du bois Comment donc fait Paola pour glisser jusqu’au bout de ses souliers à semelles de bois ?

mardi 29 septembre 2026

Que se pointe-t-il derrière l’artificialisation de soi ? D’un côté des lacets comme des cordes, anciennes routes de la soie qui sillonnent désormais la vallée de la chimie, sur les berges du Rhône, sous une canopée de coton pigmenté de pixels de pommes vertes, de l’autre des poires muries sous un tapis de feuilles mortes, éblouissant le soleil, en attente d’être dégoupillées par les esprits de la forêt au moment opportun pour briser la glace et faire émerger des abysses le soleil qui se recomposera à la surface de l’eau dans l’effervescence d’un cachet orange.