On a du mal à se représenter l’histoire à la nuit tombée quand tout est clôt, quand le néon des tubes s’écoule en flaques sur lesquelles le regard glisse hors-champ pour s’enfoncer dans la suie du décor. Au matin, on pénètre dans l’église de polystyrène par une voute soutenue de colonnes en béton qui portent les traces que la nuit à laissées en fuyant le soleil. Le frontispice s’ouvre sur un triptyque dont la dominante rouge évoque le rideau du confessionnal, marquant la frontière ajourée entre la vertu et le péché. C’est le rouge-sang menstruel de dieu. L’îlot central est celui par lequel les souris sont appâtées au cœur du piège, avec ses mosaïques de pierreries qui éclaboussent le jus des néons en gouttelettes multicolores. Le panneau de droite compte les secondes, puis les minutes, puis les heures et enfin les jours dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel du temps. Le panneau de gauche dégorge de chaines de forçat de tout métal et de toute longueur. Au fil des semaines, le triptyque se referme imperceptiblement, jusqu’à devenir une petite boîte tendue de moleskine vermeil, qui emprisonne, sur un coussinet de satin blanc, celle qui fut jadis une insouciante petite souris.