Pendant que les plantes sauvages égarées dans les allées du potager devenaient insupportables, le plastique a proliféré sur la céramique des salles de bain. On aurait tort de s’appuyer sur ce constat pour porter un jugement sur l’époque. Le plastique a commis la performance de reproduire les motifs de myosotis sur les façades de ses armoires de toilette. Mais cela n’aura dupé que l’oisillon aveuglé par les espoirs d’immortalité, par le miracle contre-nature qui colle éternellement aux semelles comme un malabar rose. L’oisillon écervelé dénigrait les carottes du jardin au motif qu’elles auraient été moins sucrées que celles résultant de l’optimisation d’un procédé industriel. Si les anciens pouvaient s’émouvoir devant les plasturgies décorées de myosotis, c’est parce qu’elles leur évoquaient les intérieurs cossus des demeures bourgeoises dont ils ne pouvaient que rêver depuis l’enfance.