Remuer le couteau dans la plaie, c’est tout ce que Bobby sait faire. La plaie de Sarah s’ouvre sur une goulotte aussi raide qu’un River Splash. C’est au bas de ce manège, accoudé au zinc de la guinguette, que Bobby goutte l’humidité des cris. Juste en face, Nastassja Rowlands peine à casser le canon pour y introduire le plomb qui lui permettra peut-être de couper la ficelle tendue par le poids du sac Yves-Saint-Laurent en skaï beige. C’est avec le couteau sous la ceinture que Bobby s’avance pour lui porter secours. D’un geste survif, Nastassjia reclaque le canon juste sous le menton du filou qui tourne les talons en quête d’une proie plus tendre. Puis elle cale ses hanches sur le comptoir en bois patiné de vieux cigare, cligne un œil pour aligner la ficelle dans le viseur, libère le souffle compressé dans la carabine qui fait tomber à ses pieds le sac convoité. Sa moue de cerise se fend du sourire enfoui qui révèle au monde l’éclatante insolence de ses dents.