samedi 24 janvier 2026

Je vais gagner de l’argent avec celle que j’homme. Elle fumera des Peter Stuyvesant longues. Puis nous irons au restaurant en smoking verni ou jupette de viscose avec les cheveux noirs plaqués à la Rudolph Valentino, assez tôt au regard de la coutume locale pour bénéficier de la grande salle ouverte pour nous seuls. Peut-être irons nous plus modestement boire du champagne au goulot à flanc de colline. Nous pourrions faire toutes ces choses qui ne nous sont plus accessibles depuis que nous nous sommes décalés. À la manière du courant d’air qui fixe à jamais la grimace sur le visage inconscient, celle que j’homme m’apparait superposée en tranches d’elle-même, toute accordéonée, comme le nu descendant l’escalier de Marcel Duchamp. Dès lors, il n’est plus question de s’assoir au restaurant sans recourir à une infinité de chaises, une infinité de verres de vin, une infinité d’assiettes à dessert, une infinité de tasses de café. Il n’est plus possible de partager le champagne à flanc de colline sans une infinité de goulots. Et nos précieuses conversations sont hachées en une infinité de particules de puzzle qui ne nourrissent que l’écho de l’éternité. Nous ne pourrons jamais rattraper le temps qui passe. Tout au plus sera-t-il possible de gommer l’instant fugace en retournant le courant d’air pour retrouver l’instemps qui nous permettra d’enfin vieillir ensemble.

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