Les vieux disques 33 tours ont des trous de mémoire. Il leur arrive de passer du coq à l’âne en escamotant des membres pourtant essentiels du corps sonore. On retrouve ces parties de corps dans les études des peintres et sculpteurs de la Renaissance. Ces petits feuillets sont des calques que le regard applique sur les mains, bras, bustes, jambes pour en magnifier les contours. Considérés comme des œuvres de jeunesse, elles évoquent pourtant le temps repassé dans la presse avec le rouleau tellement usé qu’il finit par escamoter des pixels pour ne conserver que ce qu’il y a de plus profondément imprégné dans l’encre rarement et miraculeusement indélébile : le frôlement des fruits, la cheville sous l’ourlet d’un pantalon d’été, des bras fins aux doigts fragiles et tortueux tendus dans leur quête du soleil comme des branches d’olivier, un sourire qui décapite un sandwich à pleine dents, une branche de lunettes.
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