S’il n’avait pas été collet-monté-bondage, Richelieu aurait pu donner son nom à de beaux escarpins de cuir souple noir, dont la matte sobriété n’aurait eu d’autre objet que de transformer la cheville en pomme d’Adam. Pendant que Saint-Georges est occupé à terrasser le dragon de Sisyphe, la catalane foole Adam, lui met la tête à l’envers, le cou en bas des jambes et la chainette de força sur le décolleté acrylique. Aux fripes, elle a déniché le pantalon-sac que Sophie Marceau a délaissé pour suivre la glameur des sirènes. C’est dans la marge du temps qu’opère la prestance catalane, en passant sous les réverbères qui cocoonisent la place André Pièyre de Mandiargues. C’est épaulé à un autre réverbère que se tient la bretonne avec son visage en noir et blanc, toute droite sortie d’un film de Chabrol, une silhouette grise sous un ciel gris portant bottes à talons et fermetures éclair sous une longue jupe plissée de flanelle comme on n’en trouve plus guère que dans quelques commerces de l’avenue de Dunkerque, encastrés entre les mosaïques rouges des boucheries chevalines. Elle est debout comme un livre entrouvert posé sur son épaisse couverture cartonnée. Les fils des pages forment des stries uniformes comme ses cheveux tirés en queue de cheval. Il suffirait de dénouer le ruban pour que les pages s’envolent au vent en se délestant de tout le secret des poussières.
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