L’épeule est une bobine de fil sans noyau si bien que lorsqu’elle se débobine, elle perd son latin et finit par se diluer dans le siècle comme un bras de canal en cul de sac. Cependant, comme les herbes folles qui fleurissent sur les berges fécondes d’un bras mort, les franges de la bobine se retissent dans le paysage et profitent d’interstices entre les pavés du porche ouvert sur la rue. Le pâtre spiritualisé par le jus de vigne maintient ouverts, en toute saison, les larges battants verts écaillés qui montent jusqu’aux fesses des anges. La bergère communiste veille à distance, du fond du jardin, sous la frange cuivrée qui surligne le regard Leica de ses globes oculaires.
mercredi 22 octobre 2025
mardi 14 octobre 2025
La fille Ingalls est employée à la boulangerie. Elle y occupe la position de semi-patronnesse. C’est elle qui possède la clef du garage. Les jours de liesse, elle lève le large volet métallique et dresse une table sur laquelle elle dispose précieusement, à l’attention des badauds floqués du fanion de la congrégation, des friandises enveloppées de papier cellophane. Une église fut construite non loin, sur le modèle d’un séquoia de Californie, avec une large ouverture en son tronc dans laquelle on pourrait loger un camion.
jeudi 9 octobre 2025
L’attirance est le frôlement d’une aile de mésange sur l’épaule comme pour y balayer un cheveu. Le cheveu est l’hypothèse du doute. La caresse de la mésange est la rémanence d’un autre printemps, ou d’un hiver enfoui plus chaud que ce printemps-ci. Deux jours plus tôt avait vu se reproduire ce geste presque imperceptible et facile à oublier pour qui ne souhaiterait pas s’en souvenir. La mésange charbonnière concentre le bleu piqueté d’étoiles à l’extrémité de ses ailes comme des doigts de femme, aux ongles vernis, qui l’imiteraient dans un théâtre d’ombres. Les âmes errantes sont des êtres de chaleur qui nourrissent novembre de marrons chauds. On peut sentir leur vibrante incandescence sous l’épaisse gabardine de coton. Ce tremblement expiré porte le message millénaire que l’on perçoit en posant la main sur les poteaux de bois qui encerclent la prairie à chardons.
jeudi 2 octobre 2025
samedi 27 septembre 2025
Penny Falls et se relève. Elle saute de pièce en pièce, laissant les rustines tomber dans l’oubli. Elle vise les dollars en chocolat qui sont des gouttes de soleil jalousées par les volets. C’est la danse du papillon renaissant des chrysalides empoussiérées que le bulldozer pousse dans son incessant balai-retour. Le théâtre de bulbes multicolorés est saturé de peluches fluorescentes, de mini-moto électriques, de poupées de celluloïd, de lipsticks et de papiers luminescents. Le glamour est l’écho des baraques foraines sur les terrasses de la digue : les lunettes noires cerclées d’écaille, les lèvres gorgées de myrtilles qui soufflent des nuages de barbapapa, les robes légères imprimées de coquillages bleus. Penny lève son genou de Claire pour renouer le lacet de sa chaussure de tennis. La rayonne diaphane le pâle de sa peau.
samedi 13 septembre 2025
Les queues de sirène à grosses écailles vertes sont très voyantes et c’est la raison pour laquelle on n’en voit jamais. Les sirènes ont naturellement de longs cheveux lisses pour favoriser l’hydrodynamisme mais ce n’est pas un critère distinctif car il peut arriver qu’elles sortent de chez le coiffeur avec une permanente indéfrisable. Les sirènes ne portent que des nu-pieds car une fois sorties de la mer, elles s’hydratent par la plante en captant l’imperceptible humidité de l’air comme le font les cactus. Elles privilégient les talons haut car en semelles plates, elles verraient leurs pieds comme des harengs coulant du filet sur le pont du chalutier, symptôme d’une inélégance morbide. Les robes de sirène sont tissées de fibres collagènes comme les jupes des méduses. Ce sont des robes couleur de temps dont la transparence s’ajuste avec l’humeur. Ainsi l’opacité les préserve de l’urine des regards tandis que la transe lucidité traduit l’envahissement d’un émoi intégral. C’est ce qui leur donne des scintillements de luciole à l’heure du crépuscule.