C’est probablement sur l’image de cette posture innocemment inconvenante que la nuit est tombée. Ses blue jeans, son chandail vert, l’alcôve de ses boucles brunes autour d’un visage enluminé concentre toutes les étoiles de l’existence. Le songe s’efface au réveil, escamoté par l’estomac d’une nuit sans rêve. Sa robe noire à poix blanc s’arrête à l’entrée de la pâture où sont disposés les mets du pique-nique collectif. Puis cet ultime morceau de nuit étoilée disparaît dans l’incendie du jour qui consume les arbres, égarant le chemin de cailloux du petit Poucet dans l’infini nulle-part. C’est depuis cet endroit que s’étire l’errance dans le treillis des rues de Balbec avec, comme tout repère, de vagues souvenirs de l’année dernière ou de l’année d’avant qui sont des empreintes dans le sable mouvant au fil des saisons. C’est dos à la mer que les paysans cultivent le fromage de brie avec ses quarts régulièrement disposés à même le sol du champ sablonneux. C’est sur cette plaine de quartz et de fromage qu’apparait la dame blanche qui surgit d’ordinaire des herbes folles en bordure d’une route départementale. Elle tient la jambe et l’attire à elle pour signifier qu’elle sait ce qui est pressenti : c’est le terme de l’errance inscrite dans la continuité du songe, le naufrage accosté dans le cul de sac d’un garage carrelé. Derrière le mur de la grange, les convives sont attablés dans le silence de l’attente, dans la suspicion d’un manquement à la politesse, dans un ressentiment de sueur atmosphérique, celle de l’orage qui écrase tout à force de ne jamais éclater. C’est parmi cette assemblée qu’elle n’a probablement jamais quitté que siège celle imaginée marchant pieds nus sur la crête de l’horizon.
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