vendredi 31 juillet 2026

Les nervures qui sillonnent la peau de l’arbre forment le microsillon du vinyle qui chante sa romance. L’arbre s’étire comme un cobra pour attraper le soleil jusqu’au fond des souterrains. C’est ainsi que ses fruits se gorgent de pulpe rouge et que ses branches se parent des grappes de pluie qui lui donnent l’allure d’une princesse. L’arbre reflète la lumière de qui l’observe comme l’azur au fond d’un puit avant de se redresser en offrant ses lichens au vent de juillet.

 

lundi 27 juillet 2026

Foggy Notion décrit peut-être l’effet des incendies qui calcinent la forêt à 340 miles au nord-ouest de Brooklyn. Le ciel bleuté d’ozone couvre les vitres du métro d’un film de poussière jaune au travers duquel on voit, par l’entremise d’un miracle ou d’une malédiction, des choses que l’on ne devrait pas voir. Des adolescents à moitié nus s’agitent dans la sueur de l’orage. Ils allongent le cou pour avaler des miettes d’air comme le feraient des truites en quête de gouttes d’eau. Le tee-shirt noué sur la tête pour leur donner plus d’aisance, ils se hissent sur la carlingue pour avaler le vent dans leur sourire de la vitesse. Une gamine se tient avec eux sur la plateforme séparant les wagons. Elle accompagne la scène sans y participer. Elle a de longs cheveux roux filasses, des bleus sur les cuisses et le visage de l’enfance. Cette petite sœur est une mère nourricière qui transporte en bandoulière dans son sac la matrice d’où sortent les ombilics blancs alimentant le développement de cette cellule sociale.

dimanche 26 juillet 2026

Parfois les sensations surgissent sans que l’on puisse situer leur origine. Il ne s’agit ni de date ni de lieu. Les sensations vivent en marge des repères spatio-temporels, dans un espace impalpable où elles s’interpénètrent, ne laissant que quelques coulures et éclaboussures pour signature. Celle-ci a un parfum d’enfance où se perçoit la gravité tendancieuse et l’interdit des choses sans accès à la circonscription de la raison. Il y a toute ces histoires sur les castrats, toutes ces représentations de l’église catholique qui, sous couvert de la pureté, se tiennent en équilibre sur le fil tendu entre Eros et Thanatos, comme sur le rebord amidonné du plastron de Klaus Nomi. C’est en chemisier évoquant ce plastron de Klaus Nomi qu’elle s’adosse au mur, assise sur le lit, juste à l’endroit où la tête se pose pour étendre le corps. De là elle s’étend sur la question des désirs inassouvis et sur la souillure engendrée par l’image fantasmée. Le film de cet entretien réalisé dans la pénombre d’une chambre est en noir et blanc.

lundi 13 juillet 2026

À l’origine le soleil jaune jaillit du sombre des abysses en une ligne continue traçant sa route sur le dos du serpent noir. En franchissant le miroir de l’océan, le néoprène se fait satin teinté de toutes les nuances vives des profondeurs marines, comme le short de Wonder Woman, bleu imprimé d’étoiles de mer. Les vers à soie qui se gorgent de mûres dans un bassin artificiel ne sont pas capable d’une telle prouesse. Lorsqu’elle atteint la tête du serpent, la ligne jaune suit le tracé de sa langue et emprunte deux directions : la branche claire est le retour à la terre forcé par l’été à cinquante degrés qui fait bouillonner l’asphalte. Cela prend la forme du skaï le long des jambes de la pomponette Olivia Newton-John, la moderne incarnation du goudron et des plumes. La branche sombre de la langue darde son aiguille dans un hall à colonnades sous le lustre à pampilles suspendu au plafond haut par une chaîne aussi longue que celle d’une ancre de marine. C’est ici que le tulle noir pend depuis l’infini jusqu’au néant sans parvenir à entraîner dans sa chute les hémisphères célestes qu’il se contente de caresser de sa nuit textile pour souligner la complexité des convexités. C’est ici que les sourires étincellent de paillettes, de gloss et d’émail blanchi aux bulles de champagne.