Quelques jours plus tôt, elle s’était réveillée dans un autre corps qui ne ressemblait pas à la carapace du cancrelat de la Métamorphose, mais à celui d’une grande maghrébine de 30 ans aux cheveux bouclés. Tout surprenant que cela fut, on commençait à s’habituer à cette situation sans toutefois mesurer les conséquences qu’elle aurait sur notre quotidien. La première tension remontait à ce samedi après-midi où elle n’était pas disponible en raison d’un rendez-vous avec son ex-mari qui aurait éprouvé un besoin de réconfort. Il était difficile d’écarter toute corrélation entre ce subreptice appel à l’aide et l’évènement de sa réincarnation qui pouvait, dans l’hypothèse la plus raisonnable, s’expliquer par l’attrait de la curiosité. Cet accroc dans notre drap satiné était le premier symptôme de la déchirure, peut-être annoncée par les années effilochées que nous n’avions pas vues se défiler. Puis il y avait cette libellule dans un jardin encastré entre plusieurs façades de briques rouges, dont le temps avait obstrué l’accès d’herbes folles développées en une canopée de plantes inconscientes et de ronces contrariées, uniquement franchissable par la matrice-miroir qui relaie le bruissement des abdomens.
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