lundi 11 novembre 2013

je trouve cette paire de chaussures dans une petite boutique de quartier au détour d’un virage en pente pavés gris ciel mur gris ciel gris et la vignette jaune et noire dans le coin en bas gauche cette boutique est tellement terne qu’elle doit vendre des articles de pêche et des chaussettes de flanelle grise il est donc logique de retrouver les dites chaussettes joliment tirebouchonnées sur les chevilles d’une vendeuse d’un jour chaussée des souliers convoités jusque dans les rêves tout ce temps passé à paraître normal est du temps perdu car le monde qui ne s’intéressent qu’aux anormalités est bien loin de se douter de l’ampleur des efforts

samedi 9 novembre 2013

c’est au croisement de ces quatre vents que Kémajou m’appelle en profitant de mon indisposition pour s’absoudre sachant qu’en temps ordinaire ça ne passe pas comme une lettre à la poste puisqu’il nous vient l’intérêt de l’esthétique des objets cernons de plus près cet étrange décapsuleur qui ressemble au sextant d’Ogoun Féraille de près on dirait que la rouille est de la peinture une mascarade de vieillissement pour Gringo comment en être sûr ça ne manque tout de même pas de cachet témoin de ma curiosité le camelot met l’objet en branle il sait rester digne en manipulant ce décapsuleur d’une lubricité sans pareille son regard m’escalade et cloue mon nez pour le sonder d’un air entendu je décline poliment quand je constate à quel point le métal devient rouge comme un steak de bœuf

mardi 5 novembre 2013

ça vient du moyeu des roues en fer forgé le cramponnage est timide chaque ilot est pris dans une matrice de lignes de fuite c’est une gomme mal dégrossie on en changera quand elle sera usée jusqu’à la toile alors on roule la poussière se soulève comme la nageoire dorsale d’un poisson c’est comme sur les vélos boudins la poussière ternit l’éclat du laquage rouge c’est une boucle sans fin dans la plaine d’un désert imaginaire quelque chose fait clac clac en plein mariage je commence à avoir des doutes à la sortie la cause est entendue je suis perdu il me faut remonter mes traces qui se rematérialisent à chaque pas pendant que le pied est en l’air ainsi ce coin d’herbe ne devient il pas la clairière de notre déjeuner sur l’herbe il y a la cahute en béton avec sa grille à la peinture bleue piquetée de rouille ça souffle et ça glougloutte à l’intérieur c’est le temps qui passe c’est le temps qui ne s’est pas arrêté de passer le paquet de biscuits fait de la musique comme il chante en ouvrant la bouche pour bailler aux corneilles la tenue de ses notes est déchirante

dimanche 3 novembre 2013

le pureuste blue une gigantesque bute de polystyrène durcie par les âges avec ses innombrables excavations creusées par des garnements sous le soleil de juillet maintenant c’est la nuit la lune dessine clairement les contours d’un sphinx qu’on ne peut franchir qu’au moyen du raisonnement le pureuste sans ralentissement de la pensée sous peine d’arrêt qui provoque le rebours de la construction mentale sans précipitation qui finit en piétinement à l’approche de l’obstacle et dissipe toute l’énergie de la tête dans l’échauffement du freinage c’est le péril qui me guette celui de la mastication astringente des silhouettes émergent d’un surplomb hors d’atteinte qui sont celles des garnements ensevelis sous le goulot du sablier les visages de mes ancêtres les plus proches de mes ancêtres les plus chers pas d’issue alentour et ça recommence toudis le pureuste blue les hystériennes ne connaissent pas la solitude elles convoquent leurs compatriotes à grands coups de cris et de moulinets une fois rassemblées elles peuvent dormir sur leurs deux oreilles du plus loin qu’il me revienne l’ombre de mes amours anciennes ça fait toujours clac clac quelque part

samedi 2 novembre 2013

il y a toute l’Amérique et le Canada avec sa vielle église encaissée dans une zone urbaine comme un ventre d’oiseau sous le capot d’une voiture le garçon qui jetait des boules de terre dans le jardin du curé et des cailloux sur les polonais fait le joli cœur il a une casquette Los Angeles et fume des cigarettes sans volupté la perdrix fait la mijaurée dans sa robe bustier comme un boyau de saucisse il est prétentieux de penser qu’elle ne cache rien sous le bec de sa casquette grise comme un dimanche

vendredi 1 novembre 2013

Cécile sa vie Audrey sa vie parce que quand même son copain dit toujours ça je ne suis pas comme ça j’ai de la chance ma copine a de la chance comment s’appelle-t-elle reprend Cécile dans sa robe à bretelle dentelée comme une barboteuse un chauve chante au sommet d’une montagne de roche en lançant son poing dans le vide comme un éclair la musique démarre en trombe sous la baguette de Joe Gusquère les plastrons se frottent en cadence comme des ventres d’accordéon la sueur sent le champagne le cigare et la crinme Moka Nathalie aime la ville qui défile de chaque côté il y a tout Truffaut le Herald Tribune la Gitane au bec toudis