accompagner la révolution naturelle de la société nationale des bétaillères en plastique – se munir d’une poche de terre constellée de semences de lierre – le lierre est doux au toucher et frais à l’atmosphère il ne portera pas atteinte au confort des voyageurs – saupoudrer la terre ensemencée dans chaque rainure encoignure et à l’aplomb des parois et dans le fond des surplombs où l’on se cogne régulièrement la tête – se diriger ensuite vers les commodités pour s’y rincer les mains à l’eau non potable – remplir tout de même sa gourde non pour y boire l’eau au goulot mais pour en arroser la terre mouchetée de vie – chantonner pour accompagner les premiers soubresauts de la morphogénèse qui se met en branle – arroser tout partout abondamment puis se reposer comme au 7èmejour en s’émerveillant du monde accompli qui défile en travelling dans l’écran de la vitre sécurit – renouveler la manœuvre à chaque voyage dans chaque région de France pour nationaliser cette révolution tropicaliste – la semence ne tarde pas à devenir fruit ainsi le lierre par les interstices s’immisce dans la machinerie s’enroule autour des essieux pour ralentir la turbine – la poussée de combustible des racines arrache les fauteuils en plastique du bas de caisse en linoleum – pour laisser libre cours à la nature rampante les banquettes grises sont remplacées par des hamacs qui épousent naturellement le roulis du voyage – les contre-danseurs et contre-danseuses tombent leurs uniformes de tergal pour des bikinis et chapeaux de paille d’Italie – c’est l’avènement de la paix sociale
jeudi 27 juin 2024
samedi 8 juin 2024
ce temple borné de cloisons de verre est cisaillé de plateaux qui communiquent au moyen de tapis roulants ascensionnels et descensionnels - c’est un autel sensationnel pour les souris Maus de tous âges et de toutes conditions – un glissement de terrain provoquerait l’effilochement du légo et l’égo dégorgerait son polystyrène - les légos sont empilés du sol au plafond derrière la paroi du bénitier des amphibiennes posthistoriques - plus loin un aquarium tapissé d’algues en plastiques vert hurle dans l’attente du messie avec un petit trou au-dessus de sa grosse tête ronde pour faire des bulles – des basses veloutées s’échappent d’un musée liturgique moquetté de rouge aux murs garnis d’un soulier par-ci un soulier par-là comme les étagères d’une bibliothèque apple-store pour prolétaires – c’est ici que s’élabore la messe du temps présent entre les auréoles de soda et les chewing-gum abandonnés dans les recoins sous les néons crus d’une discothèque défeutrée par le matin – l’enfermement n’est que l’apparence qui a dicté l’édification de ce temple où les âmes s’immiscent pour s’accrocher et croître sur l’immobile comme du lierre
mercredi 22 mai 2024
Mad Max n’est pas si fou que ça il fait des cascades il casse des gueules et des voitures mais il ne fait que nager dans l’eau de son bain - ce n’est pas la même chose pour Madeleine ses collègues parlent de jantes lustrées et de culbuteurs à la sortie du garage Madeleine n’est pas à sa place et ça pourrait suffire à la rendre meshuge elle ne dit rien comme si elle attendait le bus - quelle ligne emprunte-t-elle pour se rendre au supermarché - de son tote bag imprimé de jaune et de rose pointe le goulot d’une bouteille de bière modernement traditionnelle car c’est vendredi - sur le tapis roulant en caoutchouc gris des morceaux de viandes rouges dans l’os une déchirure dans le blue jean délavé de son épaule droite l’habit serait-il relié à la chair par le fil invisiblement tendu d’un cerf-volant - il s’agit d’une illusion parce que l’œil de Madeleine n’est pas poché et parce qu’elle porte des baskets à scratch - et puis elle s’en va comme la fin d’une chanson de Daniel Darc
jeudi 25 avril 2024
le sheriff a peur de la chasseuse alpine renault Jacques Lafritte belge elle est coiffée du printemps qui sortira du permafrost des pleines de Sibérie sous le bouclier de sa barbe bleue peut-être pourrait-elle tout estourbir d’un coup de mousquet puis conserver les estourbis dans un garde-manger à porte moustiquaires ses tennis blanches calées dans les étriers ont mangé toute la poussière des pleines de Mongolie ses yeux ont bu toutes les couleurs du ciel le vent déborde de ses voiles la dentelle de sa barbe bleue est une invitation à l’absolu pieu des napperons du tabernacle du châle de Marie-Madeleine et de bien plus encore
dimanche 7 avril 2024
les vermicelles sur le feutre de la nuit sont les boucles blanches de l’agneau pascal la nationale 7 a les jambes d’une danseuse de bastringue sous les chevrons de nylon noir elle file à l’aplomb de la lune cachée sous la feutrine nocturne la Cucaracha tire les minuscules cheveux d’ange sur le sommet de la tête elle est le trait d’union entre le ciel et l’esprit Cléopâtre en cachait peut-être une sous sa couronne de la Haute-Égypte et de la Basse-Égypte
mardi 2 avril 2024
une allée engorgée de foule séparée d’une esplanade de pavés rouges interdiction de marcher police partout minuscule bordure d’aluminium à enjamber comme pour rire pour contourner l’entonnoir police partout noyée sous l’eau de la foule au creux du virage une militante du climat harangue sans prêchiprêcha explique calmement ça prend du temps ça ralentit jusqu’à l’embouteillage ça discute sans prendre garde à la mer qui monte jusqu’au-dessus des têtes la maréchaussée ne peut rien contre la marée montante la militante du climat laisse glisser son treillis cargo sur ses chaussures de rando elle se révèle en maillot de bain une pièce à fleurs oranges qui est une tenue de circonstances puis la marée descendante disperse les estivants dans le ventre de la ville sans le soleil ça continue sans être pareil dans l’ombre de la tanière le gorille se fait jour et la nature se lézarde la clef offerte restera prisonnière de son anneau qui tourne en rond c’est la fin de toutes les offenses la militante du climat monte dans sa vieille voiture Crit’Air 4 l’histoire s’enfile dans le trou de serrure l’histoire s’écoule sur le bois des escaliers l’histoire marche sur le trottoir de l’artère principale en direction du centre commercial enjambant la Deule qui marque l’entrée du détroit de Gibraltar
samedi 30 mars 2024
le cadre noir et blanc d’une nuit sans lune la rémanence d’un halo moucheté témoin de l’évanouissement des pixels picotent au fur et à mesure qu’ils s’éteignent des pointes d’incandescence tordent l’être puis l’apaisent à chaque aiguille extraite de la poupée vaudou l’automne évidé dort sous le coton de l’hiver qui travaille lentement dans le bas fond de l’image d’Épinal pour faire mousser le printemps qui chatouille l’intérieur des épaules au contact des pétales multicolores et des lapins de Garcimore