dimanche 20 avril 2025

la dorsale wallonne prend sa source au cœur de la terre noire ses chevilles incandescentes sont mouchetées de gouttelettes de sirop de fraise elle escalade la roche grâce à ses pneus Pirelli et stationne le temps d’une pose en plein soleil avant de redévaler la pente à la poursuite de ses rails perdus dans la brume du petit matin gris c’est sur le marchepied que se dessine son parcours jusqu’au sommet de la fête à neuneu de la grand place l’entre jour de ses travées montre que ses hanches ne supportent pas la moindre dentelle cette fragile suspension remonte au petit matin gris de son école buissonnière en compagnie de trois goguenauds

vendredi 18 avril 2025

l’évolution des poupées de porcelaine vers les poupées de celluloïd s’est faîte par le bubble-gum des américains c’est suite à l’éclatement d’une bulle géante en plein visage que l’on perçoit la vertu de cette matière nouvelle pour lisser les fissures du temps on l’adopte donc immédiatement pour remplacer la tête cassante par une figure plus malléable mystère et boule de gomme quelques poupées de porcelaine échappent aux boules de gommes pour préserver leur mystère dans la forêt à l’écart de toute agitation elles perpétuent les manières ancestrales de décoction et de broyage de bleuets et autres plantes écorces feuilles argiles dans des mortiers de pierre ou de bois dense suivant la nature des essences parées de leurs premières étoffes de velours vert pour mieux se confondre avec les feuillages elles s’emploient à replacer les cycles naturels au cœur du temps qui passe et si elles s'aventurent parfois au clair des villes c’est sur la pointe des pieds pour déjouer l’attention des brigades formées parmi les chiens tant elles savent que l’autre sait et quand cette prudence ne suffit pas à écarter la confrontation chacun peut être témoin du malaise sans réellement comprendre de quoi il s’agit

samedi 12 avril 2025

il faut traverser le lac sur un bateau du dimanche puis emprunter un petit train à vapeur c’est calme et pas très compliqué si on ne loupe pas la correspondance on prend place à la seule table occupée par un couple de seniors qui nagent dans leur aisance avec fluidité sans s’agripper à la tirelire qui leur ferait office de bouée-cochon c’est un repérage pour le trajet du retour à venir après quelques jours passés dans la grande braderie d’une avenue de Budapest c’est au sortir des toilettes que tout bascule de l’autre côté du bâtiment qui semblait pourtant jouxter l’avenue initiale de la braderie s’ouvre alors un dédale inextricable de gigantesque braderie dont la première à laquelle nous venons de consacrer plusieurs jours n’était vraisemblablement qu’une contre-allée de garage ça grouille de fourmis-chineuses jusque sur les marches métalliques d’escaliers en cul de sac au-delà de la rambarde d’un balcon en mosaïque on embrasse l’étendue d’une carte postale ponctuée de larges façades colorées dont on ne pouvait soupçonner l’existence depuis la contre-allée soviétique bordée d’arbres d’avant les toilettes on bascule dans la nuit colorée de projections musicales où déambulent des apparitions féériques cette errance croise le chemin d’autruches aux cuisses de kangourous hissées sur de hauts talons carrés à la peinture dorée un peu plus loin un chat massif à petite tête de marmotte ondule sur le roulement des larges roues d’un canon en bois impossible d’être à l’heure pour le bateau du retour sans retrouver rapidement le chemin de l’avenue initiale de l’autre côté du bâtiment des toilettes avertir de la situation et activer le GPS sont les deux priorités de l’instant mais de ce côté-ci les téléphones sont aussi impalpables que le sucre des gaufres belges si bien qu’au terme d’une interminable glissade sur l’huile de l’écran des pattes de mouches tracent péniblement la calligraphie de la courte phrase « je suis perdu » le message envoyé la fait apparaître dans un cadre blanc au bas d’un autoportrait en compagnie d'une brune hongroise à queue de cheval attablée face à un gros gigot tout de chair rosée l’ambiguïté de ce message appelle une clarification dont l’échéance s’éloigne à mesure de cette déambulation dans le labyrinthe des couleurs en son centre la niche du Minotaure est remplacée par une bâtisse magistrale intégralement maquillée de lumières vives comme au Crazy-Horse sur le parvis dans l’ombre d’une fosse d’orchestre c’est Poséidon sur son char qui plonge dans les profondeurs du bassin avec le buste du géant Makovec collé sur les grosses écailles de pierre de sa queue de sirène de Cyd Charisse en contrepoint à l’autre extrémité du bassin trois cariatides ponctuent de leur immobilité les remous incessants provoqués par les éclaboussures de la baleine antique le GPS censé pointer vers un autre endroit conduit aussi à un autre moment de la journée il y fait jour c’est de nouveau l’après-midi comme à l’entrée dans le bâtiment des toilettes il semblerait que ce soit le retour dans le périmètre de l’avenue initiale de la braderie il s’agit bien de la berline noire aperçue quelques jours auparavant mais quelque chose est différent dans la toiture de la maison d’en face

vendredi 28 mars 2025

aucun risque de s’égarer dans les couloirs de l’aéroport de Merville à l’arrivée Fruchart temporise l’autocar-navette avec son composteur il a troqué sa blouse en nylon marron pour une chemise blanche parce que c’est l’été le ruban de chatterton sillonne le long des cafeterias en plein air avec les tables et parasols plantées dans la tignasse jaune des herbes folles au milieu de ces établissements une maquette d’avion orne le portail d’une école de pilotage de l’autre côté de la route le soleil étanche son feu dans l’huile de la mer et sa lave est complètement engloutie lorsque l’autocar-navette arrive dans la ville comme un sous-marin en immersion sous la nappe d’huile l’autocar-navette pénètre dans un sas constellé d’éclaboussures au parfum de forage c’est une gare de transit vers la fête à neuneu du Mont-Noir le marché s’agite dans la nuit étoilée d’ampoules jaunes une fille en sneakers et jean slim règle la circulation dans le mouvement chaoteux de l’autobus suivant les règles de la relativité elle clame les stations d’une voix plantée dans le terroir de la route elle distribue les tickets et rend la monnaie des esquimaux avec l’énergie et le sourire naturel du travail bien fait l’autobus escalade la nuit le long des trottoirs tamisés par la lueurs des barraques foraines à la descente du marchepied ce ne peut-être que tout droit mais la perspective est bouchée par les pachydermes qui écrasent la mosaïque des pierres de leurs lourdes pattes caoutchouteuses sur la gauche un cube de verre immaculé éclairé de l’intérieur comme une antre de la bible au bord du pédiluve deux vestales en hauts-tallons et tulle de soirée leur sillage de fragrance poudrée débouche dans le hall d’un bungalow obscurément étagé et percé d’un large escalier de bloc hospitalier une lourde porte de plastique pivote au premier tour de clef c’est ici que l’on s’allonge à quelques pas de l’écume tapie dans le noir

 

mardi 11 mars 2025

la création de l’ORTF est bien antérieure à 1964 comme en témoignent les orbitales atomiques qui se dessinent sur l’écran carré de ses lunettes si la théorie atomiste précède la Grèce antique il n’est pas surprenant que sa représentation sur les verres de lunettes de l’ORTF ait pu à ce point traverser les âges les déesses polythéistes arborent des montures en écaille sous la frange de leurs boucles brunes jusqu’à nos jours même si les étoffes ont évolué le lin le coton la dentelle la soie le tergal le blue-jean le polyester le lycra puis à nouveau le lin cette invariance de marbre est une statue qui domine le paysage la rotation de l’aiguille des heures prend le temps de se nourrir de toutes les présences du monde la lente alternance des marées prévient le stress inélastique de la peau qui précipiterait l’altération des ramifications intérieures le rythme de la respiration profonde n’est pas celui du film de celluloïd qui défile en arrière-plan tendus sur leur tranchant externe les pieds restent ancrés dans la croûte du sol le dos reste droit dans les chaises en plastique la ligne du sourire ne déraille pas dans le vacarme des conversations c’est le long de cette marge que glisse le souffle imperceptible d’un sourire lointain

 

mercredi 5 mars 2025

bouche bée devant la girafe devant ses jambes infinies devant sa robe de léopard devant son cou gracile qui s’enroule dans le ciel comme l’écharpe de Jeanne Balibar

dimanche 2 mars 2025

un enroulement sur soi-même remonte et redescend comme un manège de chevaux de bois redescendre cueillir la feuille de papyrus remonter sur le coton d’un nuage tandis que le soleil se fait lentement plus dense l’arbre pousse sous l’effet de la photosynthèse la sève qui se nourrit de l’humus des mortes feuilles abritées dans l’ombre des pierres irrigue le cuir de l’écorce comme le mercure d’un thermomètre puis éclate le goulot sur les robes jaunes d’Estoril elle pleut sur la terre sans nourrir les mandragores les feuilles phosphorescentes grimpent les murs de la caverne jusqu’au plafond puis suintent des perles de chlorophylle dans le cœur du repos