La mendigote de la butte marche à la lisière du caniveau avec en bandoulière un sac à main d’une boutique de Barbès. À chacun de ses pas, ses chaussures un peu trop larges glissent sur le talon de ses chaussettes en polyamide. Elle chemine sur les toits d’un réseau de tunnels parcourus de pauvres gens parfois estropiés, en blouse bleue et tee-shirt du Losc qui, en contrebas des grilles d’aération, tentent d’élucider le mystère du ciseau des passantes. Les galeries s’étendent comme les fils d’une toile d’araignée suspendue entre les fondations bétonnées des constructions. On y trouve quelques culs-de-sac qui sont des bras morts en attente des bâtiments qui n’existent pas encore. Le cœur de la toile, déserté de son minotaure à huit pattes, est un centre de connaissance, une Babel organisée en rayonnages pour certains linéaires et pour d’autres concentriques. Cette rotonde est entièrement traversée par une mèche foreuse d’un rayon de deux mètres, vestige du chantier originel. On l’emprunte depuis le sous-sol à la manière du colimaçon d’un escalier. Le premier niveau est une vaste plateforme carrelée d’une brillance beige sur laquelle glissent les couinements aléatoires de chaussures de tennis et de semelles de crêpe. La fille avec le trou du jupon de la mendigote dans son jean ne semble pas remarquer Patrick Dewaere arpentant les rayonnages en quête de la clef qui lui permettrait d’ouvrir le portillon donnant sur la route 66. C’est en marge du bouillonnement, aux étages supérieurs, que le temps a figé ouvrages et bibliothécaires dans la rotonde devenue cristallisoir de résine. C’est cet épisode de l’histoire qu’exhibent les hublots qui percent la muraille en partie ensevelie sous la butte à l’horizon parcouru par la fille du caniveau.
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