dimanche 18 février 2018


il s’agit d’un pays nordique de l’Espagne de l’Italie ou du Portugal Nick Cave doit s’y produire pour un court récital qui pourrait être de nature à déplacer les foules si l’organisation n’était pas aussi chaotique la salle de concert ressemble à un hypermarché vidé de ses provisions avec une hauteur sous plafond incroyable fermée par une toiture de tôle métallique un sol carrelé de motifs très larges blanc-gris légèrement rugueux afin de faciliter l’entretien la lumière qui s’écoule des rampes de néon est aussi froide qu’une giboulée il est difficile d’identifier la zone scénique tant le sol est clairsemé de spectateurs assis en tailleur sans alignement privilégié d’équipements techniques de toutes sortes et d’un vrac de stockages divers il est probable que les musiciens suivant leur rôle occupent plusieurs ilots de l’espace traité comme un plateau de théâtre c’est en effet suivant ce schéma qu’ils prennent place conformément au protocole Nick Cave arrive le dernier et s’installe dans un petit espace au fond et à droite de l’immense superficie avec Christina qui lui fait face assise en tailleur dos au public il est facile de s’approcher des vedettes en se glissant derrière les pendrillons d’un blanc cassé assez inhabituel pour une salle de spectacle mais sans savoir par quelle mécanique étrange les pendrillons ne cessent de se déplacer et de se repositionner pour recouvrir les spectateurs qui jusque-là s’estimaient chanceux pour les contraindre à s’avancer en conséquence jusqu’au point de stabilité qui trouve probablement son explication dans la butée d’une glissière et c’est au final dans une grande proximité que l’on peut apprécier les détails de la scène l’instrumentarium est essentiellement composé de cordes frottées amplifiées Christina triture un lapsteel à l’aide d’un peigne bleu-nuit étoilé de paillettes en parfait accord avec sa tenue vestimentaire il se dégage un certain magnétisme de cette courte performance inénarrable c’est de fil en aiguille que nous nous retrouvons dans un couloir assis sur des coussins à ramages orange et marron face à une porte de vestiaire Christina ne supporte pas d’être isolée dans un espace clos plus de quelques minutes et elle éprouve le besoin de la chaleur d’une attention constante en sortant de la douche Nick affecte d’être troublé par cette situation qu’il comprend par cœur il n’en tient pas rigueur et semble même vouloir nous témoigner sa reconnaissance en nous invitant à prendre le souper au restaurant de leur hôtel ils y ont leurs habitudes au moins depuis hier et n’ont aucune difficulté à choisir ce qu’ils ont envie de manger en puisant un sachet-menu dans les grandes corbeilles métalliques disposées parallèlement aux caisses il aurait été plus sage de suivre leur exemple plutôt que d’opter pour le menu à la carte car le pain n’a pas de cervelle le fromage a vite fait de s’effriter les légumes sont introuvables même si les assiettes contiennent par défaut un fond de vinaigrette les rayonnages ont beau être quasiment vides choisir prend un temps fou et au moment de régler le montant des achats le caissier se plaint de l’impolitesse de la clientèle ce à quoi il est difficile de ne pas compatir mais tout de même le caissier s’exprime en vidéo par l’entremise de son smartphone et nous avons beau n’être séparés que par le bandeau d’un tapis roulant en matière caoutchouteuse ce n’est que l’image de son visage qui s’exprime par le téléviseur miniature brandi au creux de sa main

mercredi 14 février 2018


la chute vient de tomber avec elle les années glissent sous les pieds comme une nappe vivement tirée dans un numéro de cirque puisque nous sommes des théières autrement dit des poupées de porcelaine il faut savoir chanceler sans faire la culbute dans le ressac qui éclabousse ses visages d’hier il n’y a rien de plus troublant qu’un souvenir oublié une gare routière un parking de lycée un babyfoot qui sourit de toute ses dents derrière l’opacité du temps voici le premier signe annonciateur un petit mot glissé par le cow-boy et puis plus rien sur ce vient l’interrogatoire de routine sauf qu’il n’y a pas de routine il s’agit donc d’un échange purement informel qu’est-ce qu’il faudra ruminer pour s’en persuader au milieu de tout un vacarme de cliquetis retardés qui n’est autre que le bruit de la rumination qui turbine c’est alors que l’incroyable devient tangible et que l’échange reprend naturellement son cours informel comme si l’heure écoulée n’était rien d’autre que trois points de suspension tout sourires il s’agit du deuxième signe annonciateur d’un tremblement imminent il n’est donc pas surprenant de voir une bulle d’ozène franchir l’immense porte battante toute nimbée de lumière comme Hanna Schygulla sur l’Alexanderplatz mais tout de même

mardi 13 février 2018


un préservatif en forme de pied gonflé d’air et noué à son extrémité le crime parfait